Dominique Wittorski

         - Ohne -             


Présentation
 
"Ohne"  revêt la forme d'une trilogie
(Ohne S. - Ohne V. - Ohne W.)


Résumé (très résumé) :

« Suis pas un con, suis pauvre » dit Ohne, sans emploi.
Il est sans place dans la société, sans langage adéquat.
Il se présente à l’ANPE.
On lui demande de prendre un numéro – il prend –
et de surveiller le cadran – il surveille.
A la fin de la journée, son tour a passé, il ne s’est pas manifesté.
Mais il refuse de partir. Devant son obstination, l’employé accepte de rester.
Mais Ohne parle une langue trouée.
Arrive alors au secours de son fils, la mère de Ohne… morte depuis 20 ans.
Et ça fout un bordel ! Impasse.

L’histoire se repète trois fois. Avec trois Ohne aux langues différentes.






Variante au résumé :

"Ohne", c’est trois fois l’histoire de “Ohne ”.
De lui, que peut-on dire ?
Que “ Ohne ”, c’est “ Sans ” en allemand !
Sans quoi ?
Sans prénom, sans contours, sans profil, sans travail, sans mots…

C’est trois fois l’histoire d’un homme,
ou c’est une fois l’histoire de trois hommes, handicapés des mots.

Le premier, ignorant des sujets pronominaux, semble absent du monde ;
le deuxième, qui n’utilise aucun verbe, ne peut être que mouvements ;
le troisième ne s’exprime que par sujets et verbes et semble incapable d’appréhender le monde.

Ohne cherche un emploi.

Trois fois la même histoire de son inscription à l’ANPE.

Il se retrouve seul, avec son savoir - qui est très mince - face à une administration en charge de l'emploi et de la misère, face aux formulaires qu'il faut remplir, face à l'employé administratif...
Sa méconnaissance des mots le marginalise complètement.






Intention :

"Ohne" met en scène, en les mêlant, le tragique de l'exclusion et le burlesque qui peut naître des efforts pour la combattre. Ohne, héros d'un face-à-face terrible avec l'Administration, lutte avec son langage diminué, il est pathétique et drôle, incisif ; il bouscule tout par ses raisonnements et force l'écoute. Les employés lui répondent avec leur assurance règlementaire, ils sont comiques, terrifiants, et finalement touchants dans leur essai de comprendre et d'aider. Chacun est à la fois ouvert et fermé, le mélange nous fait rire, d'un rire grinçant qui nous renvoie à la dureté des temps et à la chaleur de l'autre.

(in "le programme du Théâtre de l'Est parisien")






Distribution : (2 hommes - 1 femme minimum)
Ohne
L'employé de l'ANPE
La mère de Ohne

Ces trois personnages reviennent dans les trois parties, l'on peut donc se contenter d'un seul Ohne, d'une seule mère et d'un employé, tous récurrents. Mais on peut aussi imaginer trois Ohne différents, trois employés différents et trois mères différentes, ce qui portent le nombre d'acteur à 9 (6 hommes, 3 femmes). Et puis toutes les possibilités intermédiaires...






Création  :

Création radiophonique en 2002 - Production France Culture
(voir rubrique radio pour plus d'infos)

Création scénique  les 27, 28, 29 mai, 1er et 2 juin 2004 (Théâtre des 2 Rives - Rouen)
Production : Pétrouchka  (en coproduction avec le Théâtre des 2 Rives (Rouen) - l'Atelier Théâtre Jean Vilar, Louvain-la-Neuve (Belgique) - le Festival de Spa (Belgique) - la Fédération des Associations du Théâtre Populaire (France) – le Théâtre d’O (Montpellier) - Avec l’aide de l’ADAMI

Mise en scène : Dominique Wittorski assisté de Caroline Guth.

Acteurs :
Yann Collette puis Yves Arnault (Ohne) - Bernadette Le Saché puis Caroline Guth (sa mère) - Alexandre Aflalo (le premier employé) - Erwan Daouphars puis Raphaël Almosni (le deuxième employé) - Dominique Wittorski (le troisième employé)

(voir Ohne - Le spectacle pour plus d'infos, photos, extraits, critiques, presse etcetera)






Publication - Prix :

Prix Collidram 2007 - 1er Prix de littérature dramatique des collégiens (Aneth)
Commande de France Culture  2001.

Bourse d'encouragement à l'écriture du Ministère de la Culture (DMDTS) 2003.
Publiée aux Editions Actes-Sud Papiers. février 2006.







L'exclusion en trois tableaux :

Le premier Ohne n'utilise pas de sujets. Il ne peut parler de lui-même à la première personne. Il n'est personne. Il existe à peine, sans nom : l'tuyau.
Le monde existe, Ohne n'en fait pas partie puisqu'il ne peut faire partie de rien, n'étant rien.
Le premier tableau fait ce constat-là et ne veut pas en faire une étude psychologique (pourquoi ? à qui la faute ?).  Pour ne pas être exclu, il faut être sujet. Comment faire un sujet ? La société, aujourd'hui, veut-elle vraiment des sujets, ou est-elle prête bien souvent à se contenter d'objets ?

Le deuxième Ohne n'utilise pas les verbes. Ohne existe, son corps le lui rappelle avec constance. Mais Ohne n'est que son corps. Ohne n'est nulle part. Il est un corps en mouvement. Ohne n'est qu'un corps qui s'impose à lui-même. Ohne V n'est qu'actes ! La société peut-elle accepter un corps en acte ?  A nouveau rien de psychologique là–dedans. Au contraire même. Ohne n'utilisant pas de verbes, il est mécaniquement obligé de faire ce qu'il pense, non de le dire. La société peut-elle accepter que l'on fasse ce que l'on pense ?

Le troisième Ohne n'utilise que sujets pronominaux et verbes. Il y a un sujet. Il y a le monde. Mais pas de prises de l'un sur l'autre. Le silence se creuse au milieu des deux entités autonomes. Laquelle des deux aura le dessus ? La plus grosse. Ohne disparaît quasiment. Ohne doit disparaître. Il n'a pas de place pour vivre en toute indépendance. La société intègre ou élimine. Il faut être quelque chose de proche de l'homme normal. L'homme normal socialise. Celui qui ne socialise pas, qui tend à l'autonomie, doit être éliminé.






La genèse de l'écriture :

L'histoire et la langue de "Ohne" m'ont été inspirées par quelques images vues à la télévision lors de la campagne des Présidentielles de 1995.

C'était le dimanche soir, déjà la France savait que Chirac avait gagné. Les motos poursuivaient la CX présidentielle, et, TF1 et France 2 rivalisaient d'ingéniosité perverse pour nous abreuver d'images inédites de la victoire. Dans les rues de Paris, on assistait à un spectacle digne des meilleures (des pires?) fins de match de football ("On a gagné"…), images miroirs de la démocratie médiatique.
La course à la vachette était entrecoupée de mini-reportage, d'enquêtes coup-de-poing, de sondages minutes…

Des journalistes de France 2 investissaient les cages d'escalier des immeubles, sonnaient aux portes et sondaient express : "Pour qui avez-vous voté ? Et pourquoi ce choix ?". Questions moult fois répétées à de nombreuses portes…

L'un de ces journalistes nous emmène dans un HLM de Mantes-la-Jolie. Un quartier sensible. Cage d'escalier peu accueillante. Sonnette. On pénètre dans un F2. Un couple avec un enfant. Sans travail tous les deux. Français tous les deux. Autour des trente ans. Dans la pièce principale, un canapé de chez pas cher, face à la télé posée sur le meuble-télé du même fournisseur. Monsieur a voté Le Pen au premier tour. Madame aussi. Une aubaine pour le journaliste. Et qu'ont-ils voté au second ? Monsieur a voté Chirac. Et madame ? Madame n'y est pas allé. Ça s'appelle abstention, ce n'est pas le mot qu'elle emploie.

Alors le journaliste interroge. D'abord monsieur. Pourquoi ? Et monsieur s'explique. Rien de surprenant. Les arguments habituels. Pas de boulot… insécurité… tous pourris… etc.

Puis le journaliste se tourne vers madame. (J'aimerais retrouver la séquence) Et elle s'explique à son tour. Le discours est plus dur que celui de son mari. Plus agressif. Plus désespéré. Ce qu'elle a dit, tout le monde l'a compris. Mais dans ses phrases aux idées très courtes, pas de verbes conjugués. Elle a parlé. On a compris. Mais son français, sa langue, langue maternelle, est très approximatif. Pourtant, il n'y a pas de problème pour suivre ce qu'elle dit. Evidemment, au niveau de la pensée…

Et voilà que surgit l'idée : au bout de tant d'années à avoir voulu changer le monde, il existe encore aujourd'hui des gens (nombreux) qui ont tant de mal à dire, qui ont tant de mal avec les mots !!! Voilà où se trouve l'échec du perdant et de son camp. "Changer la vie", quel beau slogan. Mais une frange de la population, de plus en plus exclue, n'a même pas les moyens de dire, donc de construire une pensée sur ce qui leur arrive. Donc la pensée la plus simpliste s'impose. Pourquoi cette jeune femme n'a pas de mots, et quels en sont les conséquences ?

C'est aux Présidentielles suivantes, devant l'inanité des propos tenus, que "Ohne" est sorti de ma plume.  Un Ohne bien français, handicapé des mots, seulement des mots. De manière radicale, pour voir ce que cela signifie, ce que cela engendre. Trois Ohne, qui représentent l'ensemble des exclus, non par description réaliste, mais par universalité des clowns tragiques.




Dernière actualisation le : 22-01-2008
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