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Présentation |
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"Ohne"
revêt la forme d'une trilogie
(Ohne S. - Ohne V. - Ohne W.)
Résumé (très résumé) :
«
Suis pas un con, suis pauvre » dit Ohne, sans emploi.
Il est sans place dans la
société, sans langage adéquat.
Il se présente à
l’ANPE.
On lui demande de prendre un
numéro – il prend –
et de surveiller le cadran – il
surveille.
A la fin de la journée,
son tour a passé, il ne s’est pas manifesté.
Mais il refuse de partir. Devant
son obstination, l’employé accepte de rester.
Mais Ohne parle une langue
trouée.
Arrive alors au secours de son
fils, la mère de Ohne… morte depuis 20 ans.
Et ça fout un bordel !
Impasse.
L’histoire se repète
trois fois. Avec trois Ohne aux langues différentes.
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Variante
au résumé :
"Ohne",
c’est trois fois
l’histoire de “Ohne ”.
De lui, que peut-on dire ?
Que “ Ohne ”, c’est “ Sans ” en
allemand !
Sans quoi ?
Sans prénom, sans
contours, sans profil, sans travail, sans mots…
C’est trois fois l’histoire
d’un homme,
ou c’est une fois l’histoire de
trois hommes, handicapés des mots.
Le premier, ignorant des sujets
pronominaux, semble absent du monde ;
le deuxième, qui
n’utilise aucun verbe, ne peut être que mouvements ;
le troisième ne
s’exprime que par sujets et verbes et semble incapable
d’appréhender le monde.
Ohne cherche un emploi.
Trois fois la même
histoire de son inscription à l’ANPE.
Il
se retrouve seul, avec son savoir - qui est très mince - face
à une administration en charge de l'emploi et de la
misère, face aux formulaires qu'il faut remplir, face à
l'employé administratif...
Sa méconnaissance des mots le marginalise complètement.
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Intention :
"Ohne"
met en scène, en les mêlant, le tragique de l'exclusion et
le burlesque qui peut naître des efforts pour la combattre. Ohne,
héros d'un face-à-face terrible avec l'Administration,
lutte avec son langage diminué, il est pathétique et
drôle, incisif ; il bouscule tout par ses raisonnements et force
l'écoute. Les employés lui répondent avec leur
assurance règlementaire, ils sont comiques, terrifiants, et
finalement touchants dans leur essai de comprendre et d'aider. Chacun
est à la fois ouvert et fermé, le mélange nous
fait rire, d'un rire grinçant qui nous renvoie à la
dureté des temps et à la chaleur de l'autre.
(in "le programme du Théâtre de
l'Est parisien")
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Distribution
: (2 hommes - 1 femme
minimum)
Ohne
L'employé de l'ANPE
La mère de Ohne
Ces trois personnages reviennent dans les trois parties, l'on peut donc
se contenter d'un seul Ohne, d'une seule mère et d'un
employé, tous récurrents. Mais on peut aussi imaginer
trois Ohne différents, trois employés différents
et trois mères différentes, ce qui portent le nombre
d'acteur à 9 (6 hommes, 3 femmes). Et puis toutes les
possibilités intermédiaires...
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Création :
Création
radiophonique
en 2002 - Production France Culture
(voir rubrique
radio pour plus d'infos)
Création
scénique les 27, 28, 29
mai, 1er et 2 juin 2004
(Théâtre des 2 Rives - Rouen)
Production :
Pétrouchka (en coproduction avec le
Théâtre
des 2 Rives (Rouen) - l'Atelier Théâtre
Jean Vilar, Louvain-la-Neuve (Belgique) - le Festival de Spa (Belgique)
- la Fédération des
Associations du Théâtre Populaire (France) – le
Théâtre
d’O (Montpellier) - Avec l’aide de l’ADAMI
Mise
en scène : Dominique
Wittorski assisté de Caroline
Guth.
Acteurs
:
Yann
Collette puis Yves Arnault (Ohne) - Bernadette Le
Saché puis Caroline Guth (sa
mère) - Alexandre Aflalo (le premier
employé) - Erwan Daouphars puis
Raphaël Almosni (le deuxième employé) - Dominique
Wittorski (le
troisième employé)
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Publication
- Prix :
Prix Collidram 2007 - 1er Prix de littérature dramatique des
collégiens (Aneth)
Commande
de
France Culture 2001.
Bourse d'encouragement à
l'écriture du Ministère de la Culture (DMDTS) 2003.
Publiée aux Editions Actes-Sud Papiers. février 2006.
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L'exclusion
en trois tableaux :
Le
premier Ohne n'utilise pas de sujets. Il ne peut parler de
lui-même à la première personne. Il n'est personne.
Il existe à peine, sans nom : l'tuyau.
Le monde existe, Ohne n'en fait pas
partie puisqu'il ne peut faire partie de rien, n'étant rien.
Le premier tableau fait ce
constat-là et ne veut pas en faire une étude
psychologique (pourquoi ? à qui la faute ?). Pour ne pas
être exclu, il faut être sujet. Comment faire un sujet ? La
société, aujourd'hui, veut-elle vraiment des sujets, ou
est-elle prête bien souvent à se contenter d'objets ?
Le deuxième Ohne n'utilise pas
les verbes. Ohne existe, son corps le lui rappelle avec constance. Mais
Ohne n'est que son corps. Ohne n'est nulle part. Il est un corps en
mouvement. Ohne n'est qu'un corps qui s'impose à lui-même.
Ohne V n'est qu'actes ! La société peut-elle accepter un
corps en acte ? A nouveau rien de psychologique là–dedans.
Au contraire même. Ohne n'utilisant pas de verbes, il est
mécaniquement obligé de faire ce qu'il pense, non de le
dire. La société peut-elle accepter que l'on fasse ce que
l'on pense ?
Le troisième Ohne n'utilise que
sujets pronominaux et verbes. Il y a un sujet. Il y a le monde. Mais
pas de prises de l'un sur l'autre. Le silence se creuse au milieu des
deux entités autonomes. Laquelle des deux aura le dessus ? La
plus grosse. Ohne disparaît quasiment. Ohne doit
disparaître. Il n'a pas de place pour vivre en toute
indépendance. La société intègre ou
élimine. Il faut être quelque chose de proche de l'homme
normal. L'homme normal socialise. Celui qui ne socialise pas, qui tend
à l'autonomie, doit être éliminé.
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La
genèse de l'écriture :
L'histoire
et la langue de "Ohne" m'ont été inspirées par
quelques images vues à la télévision lors de la
campagne des Présidentielles de 1995.
C'était le dimanche soir,
déjà la France savait que Chirac avait gagné. Les
motos poursuivaient la CX présidentielle, et, TF1 et France 2
rivalisaient d'ingéniosité perverse pour nous abreuver
d'images inédites de la victoire. Dans les rues de Paris, on
assistait à un spectacle digne des meilleures (des pires?) fins
de match de football ("On a gagné"…), images miroirs de la
démocratie médiatique.
La course à la vachette
était entrecoupée de mini-reportage, d'enquêtes
coup-de-poing, de sondages minutes…
Des journalistes de France 2
investissaient les cages d'escalier des immeubles, sonnaient aux portes
et sondaient express : "Pour qui avez-vous voté ? Et pourquoi ce
choix ?". Questions moult fois répétées à
de nombreuses portes…
L'un de ces journalistes nous
emmène dans un HLM de Mantes-la-Jolie. Un quartier sensible.
Cage d'escalier peu accueillante. Sonnette. On pénètre
dans un F2. Un couple avec un enfant. Sans travail tous les deux.
Français tous les deux. Autour des trente ans. Dans la
pièce principale, un canapé de chez pas cher, face
à la télé posée sur le
meuble-télé du même fournisseur. Monsieur a
voté Le Pen au premier tour. Madame aussi. Une aubaine pour le
journaliste. Et qu'ont-ils voté au second ? Monsieur a
voté Chirac. Et madame ? Madame n'y est pas allé.
Ça s'appelle abstention, ce n'est pas le mot qu'elle emploie.
Alors le journaliste interroge. D'abord
monsieur. Pourquoi ? Et monsieur s'explique. Rien de surprenant. Les
arguments habituels. Pas de boulot… insécurité… tous
pourris… etc.
Puis le journaliste se tourne vers
madame. (J'aimerais retrouver la séquence) Et elle s'explique
à son tour. Le discours est plus dur que celui de son mari. Plus
agressif. Plus désespéré. Ce qu'elle a dit, tout
le monde l'a compris. Mais dans ses phrases aux idées
très courtes, pas de verbes conjugués. Elle a
parlé. On a compris. Mais son français, sa langue, langue
maternelle, est très approximatif. Pourtant, il n'y a pas de
problème pour suivre ce qu'elle dit. Evidemment, au niveau de la
pensée…
Et voilà que surgit l'idée
: au bout de tant d'années à avoir voulu changer le
monde, il existe encore aujourd'hui des gens (nombreux) qui ont tant de
mal à dire, qui ont tant de mal avec les mots !!! Voilà
où se trouve l'échec du perdant et de son camp. "Changer
la vie", quel beau slogan. Mais une frange de la population, de plus en
plus exclue, n'a même pas les moyens de dire, donc de construire
une pensée sur ce qui leur arrive. Donc la pensée la plus
simpliste s'impose. Pourquoi cette jeune femme n'a pas de mots, et
quels en sont les conséquences ?
C'est aux Présidentielles
suivantes, devant l'inanité des propos tenus, que "Ohne" est
sorti de ma plume. Un Ohne bien français, handicapé
des mots, seulement des mots. De manière radicale, pour voir ce
que cela signifie, ce que cela engendre. Trois Ohne, qui
représentent l'ensemble des exclus, non par description
réaliste, mais par universalité des clowns tragiques.
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